L'illusionniste

Après son succès des Triplettes de Belleville en 2003, Sylvain Chomet a choisi de réaliser un nouveau film d’animation.
Héritier de Jacques Tatichef,il a adapté son nouveau film à partir d’un scénario du cinéaste, "L'Illusionniste",écrit entre 1956 et 1959, qui n’a jamais été tourné.

Petite description/Commentaire sur ce film d’animation original, sorti en salles
françaises le 16 juin dernier.


Telle une pièce de Jérôme Deschamps, le film est sans paroles ou presque. Ce sont les sons, les couleurs, les gestes, les objets, la ville et même le paysage qui prennent autant d‘importance qu’un personnage. En fait, ce film devient semble être traité à la manière de «Tati».

On y retrouve ce souci du détail qui rend la scène «vraie»… Cette manière de traiter chaque élément, l’histoire, où les personnages agissent de façon ambigüe mais suffisamment saisissable par chacun de nous. Chaque élément est interprétable de manière différente.

C’est ce qui faisait d’ailleurs la force des 6 films de Tatichef : chacun d’entre nous pouvait s’identifier aux personnages, les comprendre, les suivre, s’embarquer avec eux dans l’aventure.

Le réalisateur a su marier le trait de dessin qui lui est propre ; ce style qui semble être "à main levée", spontané, presque incontrôlé, mélangé à de l’animation 3D qui a marqué ses succès précédents. En effet, les deux films sont proches par le traitement graphique et celui du son. Le langage, des décors, des paroles ou des couleurs marquent beaucoup cette ambiance légère et fugace. Il y a une progression majeure entre les deux films, sans doute liée au sujet traité.
Si l’ambiance est caricaturale, sombre, brutale et tragique dans l’aventure des triplettes, "L’illusionniste" et une histoire plus légère, réaliste et touchante.


Un homme vieillissant, magicien de son état vit une phase de déclin. Il quitte alors Paris pour tenter sa chance à travers l’Angleterre des années 1950. Son infortune avec le public le pousse alors jusqu’aux terres les plus reculées de l’Ecosse. Il rencontre alors une population et une jeune fille émerveillées par l’arrivée de la technologie et l’électricité sur leur île. Les deux personnes partent ensembles vers Edimburg afin de lui faire découvrir la vie de la grande ville.

Le film parvient à nous faire partager le caractère de l’Ecosse, aux montagnes terreuses qui changent de couleur en permanence. Une caractéristique de ces Paysages changeants. Le changement : ce film est sur le changement.



Des personnages d’abord, avec "L’illusionniste" lui même qui abandonne sa vie d’artiste. Qui abandonne ses illusions sur la place de la magie , du rêve, pour rentrer dans le calme insouciant de la vie de retraite. Alice, la jeune fille qui abandonne son pays et l’insouciance de son enfance pour découvrir les joies complexes de la vie d’adulte et de la ville. L’écosse profonde ensuite, qui
accepte doucement la modernisation des années 1950. Le monde du spectacle enfin, qui délaisse les vieux spectacles du music hall et du cirque, au profit des célébrités des médias, de la culture moderne et de masse.
Des destins se croisent, à leurs débuts et à leurs fins. Les deux personnages se rencontrent, par hasard, recherchent chacun une nouvelle vie, choisissent de faire un bout de chemin ensembles. Ils se soutiennent mutuellement,puis se quittent. Alice met fin a son enfance en découvrant l’amour. L’illusionniste met fin à sa carrière en abandonnant son lapin et ses illusions. Il quitte la
vie active en arrêtant définitivement son idée sur la place de l’artiste dans la société.


Cette poésie légère n’est pas un film de « Mr Hulot». Il est plus complexe. Deux personnages se rencontrent, s’aident mutuellement ensemble puis se quittent. L’histoire est en somme très simple. Cependant la symbolique humaine est riche. Chacun des personnages rencontrés se confrontent au moins une fois à lui même. Cet illusionniste n’est qu’autre que Jacques Tatichef face à luimême et sa vieillesse. Il se bat contre son art, peu compris par un public exigeant. C’est une silhouette de dessin animé, d’un homme élégant, mais toujours émerveillé par ce qui l’entoure,souvent surprise,égarée.

Sur scène, l’homme devient acteur. Ce «Mr Hulot» à la démarche instable et maladroite, toujours trop penchée en avant ou en arrière, jamais fixe. Est-ce une illustration de la vie? Jamais arrêtée, émaillée de projets d’avenir et de souvenirs? Ce personnage prévenant et maladroit résume aussi l’ambiance de ce film: brumeuse, fugace, insaisissable, telle est la vie, toujours en marche, où le présent surgit, s’évanouit aussi vite qu’il est venu, puis cède la place au moment suivant. Les personnages apparaissent, s’évanouissent puis ressurgissent dans des plans dessinés en cadrage en plan général ou d’ensemble sans de gros plans. Une ambiance de pièce de théâtre donc pour un film qui traite la vie comme telle.Des ambiances de rue, de voyage, de train,où fourmillent des actions et détails, un jeu de piste, c’est à chacun de nous de remarquer l‘élément qui nous semble pertinent. Il faut le chercher pour le comprendre.




Un film très poétique donc et philosophique donc, préparé avec un très grand soin par ce Cinéaste et dessinateur de BDs, qui a aussi plusieurs ouvrages dessinés à son actif. Rappelons pour l’anecdote que si le cinéaste françaisa si bien dessiné la ville d’Edimburg c’est parce qu’il y a installé ses a studios depuis quatre ans.

Agénor le Ruyer

Œuvres de Sylvain Chomet:

Bandes Dessinées

  • Le secret des libellules, 1986.

  • Bug-Jargal, 1986.

  • Le pont dans la vase - Tome 1 : l'anguille, 1993.

  • Léon la came - Tome 1, 1995.

  • Le pont dans la vase - Tome 2 : Orlandus, 1995.

  • Léon la came - Tome 2 : Laid, pauvre et malade, 1997.

  • Le pont dans la vase - Tome 3 : Malocchio, 1998.

  • Léon la came - Tome 3 : Priez pour nous, 1998.

  • Le pont dans la vase - Tome 4 : Barthélemy, 2003.

Films :

  • 1990 : Ça va, ça va (vidéo clip pour le
    groupe vocal TSF)