[Critiques]

Le promeneur : une marmotte aimant se promener ne peut qu' être intéressée par ce type de balade...Il ne manquerait plus qu'elle siffle...






Sept missionnaires : un voyage dans le passé revisité. Appréciation de notre maître ès critiques bédéistes.

[Le promeneur]

N’avons-nous pas oublié l’habitude de la promenade ? Sommes-nous encore capables de prendre une poignée de minutes pour s’isoler de notre rythme effréné de vie ?

Les promenades que nous proposent le tandem Kusumi-Tanigushi sont autant d’instants précieux que l’on pourrait imaginer impossibles dans une ville japonaise, tant notre imaginaire est baigné de ces séquences d’individus pressés.

Pourtant, l’album en question nous montre les différentes facettes de la ville du héros. Et la promenade se métamorphose alors dans l’espace et le temps. Le héros se promène tant dans sa vie que dans la ville.

La ville tout comme le héros à changé, a grandi, a absorbé des quartiers comme la mémoire a éloigné nos souvenirs : pourquoi avoir fait tel choix à tel moment ? Que serais je devenu si…. ?

Le temps prend le pas sur l’espace sans que le lecteur ne s’en rende vraiment compte. L’émotion surgit alors de cette faille spatio-temporelle au travers d’un souvenir, d’une nostalgie, d’un questionnement du personnage qui le rend d’autant plus attachant et nous ramène inévitablement à nos propres questionnements.

Le graphisme est impeccable.L’ensemble fourmille de détails. La maîtrise de Tanigushi est flagrante : nous respirons au travers d'une ville omniprésente, qui aurait pu être oppressante. Mais, non... Nous sommes comme le personnage trouvant un point de vue sur le quartier étriqué qu’il venait de visiter, s'élevant au-dessus de lui après avoir été partie de lui.



Dans ces balades tranquilles, vous ne risquerez pas de vous endormir car l’esprit est aussi éveillé que lors d’une promenade réelle. N’ayez pas peur de l’ensemble qui pourrait sembler trop statique. L’art de Tanigushi nous offre même une scène d’action à laquelle je ne m’attendais pas, mais qui nous montre là encore tout son talent.

On n'en oublierait le scénariste qui impose ici toute sa force narrative. Chapeau bas donc au duo.


Si vous voulez vous retrouver un moment, si vous êtes de celles et ceux qui ont besoin de ces moments de découvertes anodines au premier abord, n’hésitez pas une seconde en sautant sur cet album maîtrisé et tout ce qu’il y a de plus zen.


Le promeneur
, scénario : Masayuki Kusumi; dessin : Jirô Taniguchi
( images : issues du site fnac et du site casterman )