[Perros Guirec 2009]



EXCLUSIF : l'Interview des nominés de l'édition 2009 du concours BD de Perros-Guirec !!


N'ayant pas réussi à obtenir les coordonnées de Typhaine, 3 e prix ex-aequo, qui s'est évaporée dans la foule présente au festival il n'y a pas d'interview la concernant, mais si tu lis actuellement cette idyllique prose Typhaine et que tu désires répondre à notre questionnaire, n'hésite pas à nous envoyer les réponses par mail ( voir contact ).



Interview de Rémi



Quel est le prix que tu as obtenu au festival ?



Le 3e prix.



Quelles étaient tes aspirations en participant à ce concours ?



Avoir un regard extérieur sur mon travail, et voir ce qu'un jury (soit-disant spécialisé) en pense (prix ou non).



Quel est ton parcours en tant qu'artiste BD ? As-tu suivi une formation spécifique ?



Publications amateur dans les fanzines Nekomix, Soubock, Lokomotiv, Bol d'encre...



J'ai eu un bac littéraire avec option arts plastiques (lourde), puis j'ai laissé tombé la formation artistique



pour devenir autodidacte, ce qui me parait nettement plus enrichissant. Depuis je suis des études de Lettres modernes.



Quel matériel utilises-tu ? Informatique, aquarelle, gouache, feutre, pinceau etç..?



Critérium 07, Stylos noirs à encre pigmentée, Photoshop...



Gères-tu un site ou un blog BD et quelle est son adresse ?



Non. Ca ne m'intéresse pas.



As-tu des projets en cours et quels sont-ils ? ( un album, devenir professionnel... )



Si possible, devenir pro dans la BD.



Pour terminer quel est ton auteur ou ton album préféré, et pourquoi ?



Plusieurs : Toriyama, Gazzotti, Cavazzano, Joe Daly....





Interview de Gwenole



Quel est le prix que tu as obtenu au festival ?



J'ai obtenu le deuxième prix.



Quelles étaient tes aspirations en participant à ce concours ?



J'aspirais à être sur le podium, quelle que soit la place. Le fanzine auquel je participe était présent au festival, faire le concours était une marque supplémentaire de notre implication à l'évenement.



C'était aussi l'occasion de réaliser une planche dans un but différent que la publication.



Quel est ton parcours en tant qu'artiste BD ? As-tu suivi une formation spécifique ?



Je n'ai aucune formation artistique. Complètement autodidacte, je dessine depuis mon enfance.



Quel matériel utilises-tu ? Informatique, aquarelle, gouache, feutre, pinceau etç..?



Ces temps ci j'utilise beaucoup le crayon papier, la table lumineuse, le scanner et l'ordinateur.



Ce n'est pas mon procédé de prédilection mais il me permet de rendre un travail efficace et rapide.



Mais j'ai envie d'utiliser à nouveau des outils traditionnels comme l'encre, les lavis, l'aquarelle...



Gères-tu un site ou un blog BD et quelle est son adresse ?



J'ai un blog: http://latableadessin.canalblog.com/



j'y décris mes diverses participations à des fanzines, webzines... N'hésitez pas à suivre les liens.



As-tu des projets en cours et quels sont-ils ? ( un album, devenir professionnel... )



Je n'ai pas de projet précis. Mais devenir professionnel, oui.



Pour terminer quel est ton auteur ou ton album préféré, et pourquoi ?



Je n'ai pas un auteur préféré.



Frederic Peeters, Toppi, Goossens, Lauffray, Frezzato, Rossi, Kriss, Obion, Watterson...



En ce moment je suis impressionné par Boulet à cause de son dessin et son dynamisme.





Interview de Pierre Tissot



Quel est le prix que tu as obtenu au festival ?



Le premier



Quelles étaient tes aspirations en participant à ce concours ?



J'esperais être dans les trois premiers, et pourquoi pas le premier...



Quel est ton parcours en tant qu'artiste BD ? As-tu suivi une formation spécifique ?



Non je suis, on pourrait dire, autodidacte. J'ai commencé à faire un fanzine à l'âge de 16 ans, puis à m'investir encore et encore. C'est une passion.



Quel matériel utilises-tu ? Informatique, aquarelle, gouache, feutre, pinceau etç..?



J'utilise un crayon 4H, et j'encre à la plume et à l'encre de chine sur n'importe quel papier qui ne bave pas. Et je tente sans trop y croire de coloriser cela à l'ordi avec une versionde photoshop pour enfant.



Gères-tu un site ou un blog BD et quelle est son adresse ?



Oui je gère un blog http://wouzitcompagnie.canalblog.com/



As-tu des projets en cours et quels sont-ils ? ( un album, devenir professionnel... )



Je fini mes etudes et essaye de percer...



Pour terminer quel est ton auteur ou ton album préféré, et pourquoi ?



Comme je n'ai pas d'ami preferé ni de musique préféré (être exclusif ne me convient pas), je ne peux citer un auteur ni une liste exhaustive...Ce que je peux dire est que je chie sur tout ce qui est "La vérité sur...", "Les blondes", les adapation televisuelle (caméra café, Star ac...), la bd est un art et je conchie toutes les bd qui prouvent le contraire!







Interview des Coinceurs de Bulles !!!!!!



Commençons par Aurélien



Quel est le prix que tu as obtenu au festival ?



le prix coup de cul ... euh, coup de coeur



Quelles étaient tes aspirations en participant à ce concours ?

Et bien, assez difficile à dire ! déjà essayer de finir quelque chose dans un délai fixé (je ne parle pas du métier de fonctionnaire !), et avoir un regard de professionnels autre que celui de notre cher maitre soda





Quel est ton parcours en tant qu'artiste BD ? As-tu suivi une formation spécifique ?



je dessinais tout petit ("dessiner" entre cinq guillemets), et j'ai commencé à prendre des cours de dessin à la MQST de Sainte Thérèse en 1998 avec Jean François





Quel matériel utilises-tu ? Informatique, aquarelle, gouache, feutre, pinceau etç..?



critérium et gomme. Parfois les stylos tubulaires, et de plus en plus l'informatique (merci gimp !)





Gères-tu un site ou un blog BD et quelle est son adresse ?



j'en avais créé un mais je n'arrive plus à le retrouver ! du coup, je commence à en créer un sur myspace





As-tu des projets en cours et quels sont-ils ? ( un album, devenir professionnel... )



peaufiner le projet sur la marine malouine (c'est pas gagné !). Sinon, un projet perso sur des pirates. Devenir professionnel : ce serait super, mais ça va être très dur d'en arriver là ! - beaucoup de progrès à faire !





Pour terminer quel est ton auteur ou ton album préféré, et pourquoi ?



uderzo : dessin hyper souple, super expressif, hyper vivant, encrage nuancé. Album préféré : les phalanges de l'ordre noir (bon, c'est sur, c'est pas un album d'astérix !)







Et terminons par Golum



Quel est le prix que tu as obtenu au festival ?



Ben le prix sénior ? Heuuu non ! Le prix du scénario !! Je suis d'ailleurs très heureux d'avoir reçu un prix à ce titre car le message transmis par ma planche me tient à coeur !



Il faudra que l'on propose le prix de la « mise en page » à l'avenir ( private joke... ) ?



Quelles étaient tes aspirations en participant à ce concours ?



Hé bien me remettre à dessiner déjà, augmenter d'une chance supplémentaire la possibilité pour les coinçeurs de bulles d'être sur le podium ( je peux avouer maintenant que je comptais plutôt sur mes camarades pour y voir des coinçeurs ! ) et surtout tout de même que ma planche soit exposée pour que les visiteurs s'interrogent sur, justement, la finalité de mon scénario...



Quel est ton parcours en tant qu'artiste BD ? As-tu suivi une formation spécifique ?



Hé biennn je fume, je bois, je scrute les jolies filles dans la rue pour m'appliquer en anatomie, mais c'est plus difficile quand ça bouge ... ha mais noon je ne fume pas mais ça m'a fait plaisir de le dire sur le coup ! je me voyais déjà en compagnie de l'héroine de Gibrat sur une de ses dernières affiches ( mon royauuume pour celle-ci !!! heuuu l'affiche !!! ) !!



En fait je suis né dedans, ma famille m'encourageant régulièrement jeune mais m'encourageant plus âgé à choisir une profession plus sûre mais moins sérieuse... C'est donc au départ en scrutant avec application les Natacha, Isabelle, Schtroumpfs, Spirou ( époque Franquin au départ ), Sybilline, etç...et surtout en essayant de copier ces merveilleux personnages que j'ai démarré, et j'ai finalement rencontré un jour Maistre Solidor et les Coinçeurs de Bulles au détour d'une crêpe à la salsepareille, me permettant alors d'acquérir certaines techniques ( comme la perspective, les ombrés, les pleins et déliés, les fous à lier... ) !! Mais c'est surtout le don de l'observation qui me guide...



Quel matériel utilises-tu ? Informatique, aquarelle, gouache, feutre, pinceau etç..?



Comme j'adore me faire souffrir j'utilise les méthodes traditionnelles, en l'occurence crayon gris, gommes, critérium ( quand je le retrouve...un avis de recherche est lancé d'ailleurs à ce titre ! ), feutres de différentes tailles, pas de marque précise, feuilles de différents types ( tous les supports sont permis ! ça m'arrive d'utiliser des serviettes ou des nappes de table... ) ; par contre j'utilise l'ordinateur lorsque je travaille pour un projet particulier ( nettoyage de la planche + éventuelle colorisation ), merci Gimp !



Merci également aux gens du festival d'ailleurs, car via le matériel reçu à l'occasion de ce prix je ne peux qu'être encouragé à travailler et aborder d'autres types graphiques, telles l'encre de chine et l'aquarelle !! Je me souviens d'ailleurs à ce titre que j'ai omis de préciser dans la rubrique précédente que j'avais opté pour l'option arts plastiques au lycée ( autrefois ), m'initiant alors à l'encre de chine et découvrant ses merveilleuses capacités, celà n'a duré qu'une année car l'appréciation de l'administration pour les arts a eu pour résultat qu'ils avaient instauré sur notre emploi du temps un cours de français en même temps que mon cours de dessin ( 17-18h ... ), montrant de nouveau l'esprit très volontaire des services publics à encourager les jeunes à pratiquer une activité professionnelle au titre d'artiste...



Gères-tu un site ou un blog BD et quelle est son adresse ?



Pas personnellement, je squatte celui de mon Aaahtelier, celui des ....Coinçeurs !!! Ben d'ailleurs vous y êtes, pas la peine d'aller chercher plus loin !!



As-tu des projets en cours et quels sont-ils ? ( un album, devenir professionnel... )



Rejoindre mon hamac le plus lennnnntement possible ! Mais j'ai reçu une secousse sismique ce weekend qui a réveillé en moi cette conscience larvée comme quoi j'ai des planches à gribouiller pour l'album des coinçeurs et des marins malins malouins ! Je m'y remets donc demain soir, mardi 12 mai 2009, prenez note !



Pour terminer quel est ton auteur ou ton album préféré, et pourquoi ?



Bon c'est moi qui ai rédigé les questions, je vais donc me faire un plaisir de répondre à celle-ci :



J'ai donc le droit de tricher et je vais mettre en avant trois auteurs, Cyril Bonin, dessinateur de Fog, Quintett et dernièrement Quand souffle le vent ( sur lequel je compte maculer une critique on ne peut plus positive sur ce site ), Etienne Willem, dessinateur de Vieilles bruyères et bas de soie ( extra !! ), Didier Cassegrain pour le premier tome de Tao Bang ( magnifique ) ; je mettrai évidemment également en avant les scénarii composant les albums cités et donc entre autres le scénariste M Seiter !..






[ 7 missionaires ]


Période post romaine où la religion chrétienne n’a pas encore convaincu tous les peuples, période d’invasions régulières des guerriers vikings, synonymes des divers saccages qui en découlent mais surtout du pillage des églises, ainsi qu’un pouvoir Franc qui aspire une unification européenne dont la christianisation générale pourrait être l’outil ; cette vaste ambition va ici reposer sur l’existence de sept moines aux âmes quelque peu tortueuses...



Un album qui montre ainsi l’histoire de manière non conventionnelle et qu’il serait agréable de voir dans le menu scolaire... Mais le nombre 7 rappelant ostensiblement les péchés capitaux en même quantité, nous pouvons être sûrs qu’en cette époque de discours emplis d’austérité et de retour aux traditions il y aurait une levée immédiate de boucliers, objets usuels qui ne manquent d’ailleurs pas durant cet épisode !..



Quoi qu’il en soit le parcours de ce morceau de vie des 7 hommes d’église est particulièrement jouissif dans l’efficace dualité du dessin et du texte, irrésistibles !!





A l’instar de la série Fog ( et du tome 1 de Quintett, hé oui vous avez reconnu en moi un admirateur de la plume de Cyril Bonin ) voilà un récit qui nous évite de nous morfondre face la réalité aseptisée que nous imposent quotidiennement les médias modernes, cette histoire nous présentant nos racines d’une manière nettement moins lisse que ne voudraient le démontrer moult corporations ( politiques, religieuses... ), c’est donc un réjouissant humour que nous retrouvons dans la lecture de cette épopée monastique au souffle rédempteur et rafraîchissant, nous proposant une vision décalée et originale quant à l’interprétation des 7 péchés considérés capitaux, montrant que ceux-ci selon qu’ils sont vécus peuvent aisément devenir des qualités...



En conclusion faites-vous plaisir ( en lisant cet album par exemple ) tandis que nous, nous continuerons de coincer la bulle pour vous !

[ Jean Claverie, l'esquisse swing ]



Jean Claverie

L’esquisse swing.


( photo issue du site http://www.ricochet-jeunes.org )

Auteur d’une quarantaine de livres dont certains sont des standards du genre, le lyonnais Claverie a fêté ( il y a déjà 2 ans ) ses trente ans d’édition, signature reconnue de l’illustration jeunesse exposée au centre Georges Pompidou en 1978, à la BNF en 2001 ou encore au Norman Rockwell museum ( Massachusetts) en 2005. Juché dans un village des Monts d’Or dominant la capitale des Gaules, il aborde la soixantaine avec l’honnête sentiment du devoir accompli. L’ancien professeur de croquis à l’école Emile Cohl de Lyon poursuit une œuvre singulière, paisible et élégante, douce et intemporelle. Faisons un jam avec lui, une Jean session.


Confluence de la Saône et du Doubs, la petite ville de la Bresse bourguignonne de Verdun-sur-le-Doubs a accueilli très tôt le petit Jean, né le 4 janvier 1946 à Beaune, à une vingtaine de kilomètres de là. « Mes parents s’y sont connus en 1943, précise Jean Claverie. Papa, alors auréolé de la gloire du résistant, avait su séduire ma mère qui avait fui Toulon avec sa famille pour se réfugier dans la vieille maison de famille de la région verdunoise. ».



Enfant calme et rêveur, on l’imagine naturellement meubler de dessins les marges de ses cahiers. « Le plaisir du dessin est certainement aussi quelque chose qui me reste de l’enfance ». Mais quel chemin parcouru entre l’hésitation de ces vagabondages et la somptuosité de ses lumineuses aquarelles aux accents japonistes qui font sa popularité. Cette leçon du japonisme de la génération impressionniste lui est très tôt transmise par un imagier émerveillé, le savoyard Paul Gaget-Tancrède (1907-1992), alias Samivel. Samivel, sésame pour évoquer Claverie. Immanquablement, la filiation saute à l’œil averti, d’autant plus pertinente que le petit Jean savoura admiratif son Brun l’ours (1938, Delagrave), Les malheurs d’Ysengrin (1939, toujours chez Delagrave) ou encore, plus tard, Merlin Merlot (1968, Père Castor). Aussi, le premier livre de Jean Claverie, Le joueur de flûte d’Hamelin paru chez Lotus-Garnier en 1977, est né de sa passion pour un récit dont le brillant Samivel avait déjà donné une version chez Flammarion en 1968, version dans laquelle la cité ressemblait à la ville heureuse où notre jeune verdunois vécut ses sept premières années.


Les livres pour enfants étant rare après guerre, le petit Jean lisait ceux de sa grand-mère maternelle et de sa mère. « Seul samivel m’avait été offert ainsi que quelques « Père castor » illustrés par Rojanovski… dont j’ai retrouvé la trace bien après comme dessinateur érotique ! ». Dans ce contexte où les illustrés ne subissaient aucun interdit parental, les lectures d’enfance de Jean le mènent aussi vers la bande dessinée des pionniers français, des Bécassine de Joseph Pinchon (1871-1953) aux Pieds nickelés de Louis Forton (1879-1934) en passant par le Gédéon de Benjamin Rabier (1864-1939). « J’aimais chez Pinchon l’image d’une vie facile, celle que « bécassine aux sports d’hiver », les belles limousines, l’insouciance de Lolotte… ». Le jeune Jean apprend à lire grâce aux quelques lignes courant sous les cases. « Elles n’étaient pas qu’un simple pléonasme ; leur invention complétait déjà l’image ! ». « La télé n’existait pas, ajoute-t-il, et je pouvais aussi m’abîmer une heure ou deux dans les pavés » des gros Larousse, surtout les planches d’architecture, d’habit militaire et de peinture, notamment celle des « peintres pompiers ».



Après sa « philo » au lycée Ampère de Lyon sous la férule du normalien Bernard, il aborde sa vraie voie. Aujourd’hui encore, un de ses fantaisistes condisciples d’alors, Pierre-Yves Lévêque, se souvient « d’un bon élève, sérieux, charmant et très agréable. ». Pourtant, « Mes parents n’avaient pas d’autre choix que celui des Beaux-Arts, ma vocation scientifique paraissant bien compromise par mes résultats en maths. ». Formé ensuite à l’école des Beaux-Arts de la ville, puis aux Arts déco de Genève, le jeune Claverie réalise probablement aussi le propre rêve de ses parents qui « tous deus aimaient dessiner. » et qui avaient traîné le futur illustrateur et son frère dans les lieux d’art et d’histoire sur la route des vacances. « Les châteaux cathares, ceux de la Loire, le Louvre, le musée Toulouse-Lautrec à Albi, tous ces lieux m’ont marqué de façon indélébile. ».



Après avoir expérimenté divers médium à ses débuts, de l’huile à l’acrylique, sa technique s’est fixée sur un mélange de dessin réalisé à la mine graphite ou au carbone, de pastel sec et d’aquarelle s’ancrant dans la somptueuse profondeur du papier Arches satiné. Chez Claverie, la couleur évocatrice prend le pas sur le naturalisme : ses camaïeux de couleurs n’imitent pas la couleur propre des choses mais les nimbent dans une atmosphère colorée globale, d’où ressortent ponctuellement des taches focalisantes. Souvent, il laisse respirer l’illustration en laissant apparaître alentour la blancheur de la feuille, semblable à l’œil qui focalise sur son seul centre d’intérêt. Vif, souple, dynamique, élégant, son virtuose crayonné à la mine de plomb s’y superpose, reprenant ainsi la leçon picturale du fauve Raoul Dufy dissociant fond et forme. On ne dira jamais assez combien l’art figuratif banni des cimaises s’est réfugié aujourd’hui dans le livre jeunesse.


Trois thèmes récurrents traversent son travail, le conte, la musique et l’enfance, naturellement.. D’illustrateur, Claverie se mue peu à peu en écrivain, abandonnant les contes traditionnels de ses débuts, (Oscar Wilde, Charles Perrault) et contemporains, (Michel Tournier, Paul Auster) pour se consacrer à sa propre écriture. « C’est certainement l’image qui m’a fait ce cadeau. A force d’illustrer les textes des autres, un beau jour je me suis dit « pourquoi pas ? » . Pourtant, ses collaborations ont engendré de belles rencontres ; ainsi, le romancier mythologique Michel Tournier et lui-même avaient eu un échange très sympathique lors de la sortie de Que ma joie demeure, un conte de Noël édité voici vingt-cinq ans. L’ermite de Choisel « avait été surpris par ma fin qui montre son héros ne connaissant pas la rédemption grâce à l’archange. Ce n’est qu’un trucage de cirque qui fait s’envoler un enfant déguisé en ange. Mais il avait compris que cette édition n’aurait qu’un temps et qu’un jour, un autre illustrateur prendrait moins de liberté… ».

La musique. « Boogie Claverie » est de ces enfants de l’immédiat après-guerre qu’a façonné la culture américaine débarquée avec les libérateurs en juin 1944. Une adolescence jazzy, notamment sous le tempo d’un alors jeune pianiste noir américain, Memphis Slim, dont Mother Earth et Every day I have the blues résonnent encore…Consécration personnelle aux oreilles de ce fondu de blues par ailleurs chanteur et guitariste dans une formation de blues et de rythm’n blues, l’idole de son adolescence écrit la préface d’un album standard, Little Lou (1990), sans en voir la parution malheureusement puisque tirant sa révérence en 1988…

L’enfance. L’art du pot demeure l’un de ses succès majeurs, fruit de sa collaboration avec Michèle Nickly, son épouse à la ville. A l’instar de chacun de ses albums, une heureuse légèreté, une candeur paisible, un optimisme contemplatif émanent de son travail . Minois enjoués et bouilles rondes de joyeux marmots abondent ; même les personnages négatifs ne le semblent pas foncièrement, tant la gentillesse légendaire de son auteur irradie son graphisme. D’ailleurs, demanderait-on à Botéro d’illustrer la laideur du monde ?


L’admiration de Claverie pour Samivel permettrait-elle d’espérer voir un jour une adaptation du prémonitoire roman écologiste de son aîné, Le fou d’Edenberg , qui tutoya le prix Goncourt en 1967 ? M’est-il permis de rêver de voir ainsi la boucle se boucler ? Entre une improvisation au clavier, un rêve d’architecture médiévale et un projet en cours…




En attendant, Claverie peaufine un prochain ouvrage, L’art de l’ennui, « dont on sait bien qu’il est fécond . ». Ainsi s’écoule la calme vie du poleymoriot où le labeur quotidien transforme ce rêve d’enfant en images heureuses. Elle s’écoule lentement comme la Saône en contrebas, discrète et puissante à la fois.

Depuis Verdun-sur-le-doubs, elle a pris de l’ampleur, la Saône.


Jean-François Miniac.

Site :

http://www.jeanclaverie.fr/

Bibliographie succinte :

Que ma joie demeure, texte de Michel Tournier, Gallimard, Enfantimages, 1982.

L’art des bises, texte de Michèle Nikly, Albin Michel, 1993.

Little Lou, tome 1 et 2, Gallimard, 1990 et 2003. Totem de l’album 1990 à Montreuil et mention graphique à la Foire du livre jeunesse de Bologne 1991.

L’art de lire, texte de Michèle Nikly, Albin Michel, 2001.




[Forton]

Les Pieds Nickelés,
cent ans de roublardise.

Le 4 juin 2008 précisément, la bande dessinée a fêté l’une de ses séries mondialement connue, de celles qui restent dans la mémoire collective, à savoir les fameux Pieds Nickelés, oeuvre de l’un des pionniers de la BD française, le bas-normand Louis Forton.

Les pieds nickelés , vu par notre coinceur Thierry

Pourtant, qui sait que cet auteur est né le 14 mars 1879 dans la ville de Sées, une paisible cité à une vingtaine de kilomètres au nord d’Alençon, un chef-lieu de canton dont la haute silhouette de la cathédrale gothique Notre-Dame domine placidement la plaine. Précisément, le jeune Louis Adolphe nait à neuf heures trente au second étage d’une maison de ville appartenant à la famille de Marie Tonnelier, alors rue des planches, aujourd’hui au n° 5 de la rue Aristide Briand, où résident ses parents. « Le père de Louis se prénommait Albert, sa mère Marie-Henriette Adolphine, née Hébert. » précise aujourd’hui Gérald, son petit-fils. Le premier, piqueur d’attelages, a trente-cinq ans, la seconde vingt-quatre.



Au-delà de son petit-fils, quelle est la postérité des Pieds Nickelés ? Si le brillant Alexandre Vialatte se réfère au trio dans ses brillantes Chroniques de la Montagne, ce sont surtout des dialoguistes comme Michel Audiard et des bédéistes comme Tillieux, Margerin ou Tramber qui poursuivent la veine anarchiste inaugurée par les trois escrocs. Si le trio est quasi-absent des manuels scolaires de littérature des dernières années, hormis le Précis d’histoire de la littérature française de Fragonnard en 1987, la meilleure consécration ne réside-t-elle pas dans le fait que leur nom soit passé dans le langage populaire...



A l’ombre de la cathédrale de Sées, une rue et une école portent le nom de Louis Forton. De même, une discrète plaque informe le chaland sur la façace de sa maison natale. Il n’en demeure pas moins dommage que le centenaire d’un des plus grands créateurs du neuvième art ne soit dignement célébré dans sa bonne ville ornaise, comme dans le reste de l’Orne, si enclin à célèbrer cette Sainte-Thérèse comme sa figure emblématique. En 1852, Sées a élevé une statue à l’auteur de la fameuse mine, mélange cuit d’argile et de graphite, due à Nicolas-Jacques Conté, pourtant né à Aunou-sur-Orne. Ce centenaire sera-t-il l’occasion d’en faire de même pour cet authentique sagien qu’est Forton ? Nul autre sagien n’est mieux connu dans le monde...




De même, ce centenaire aurait pu être l’occasion révée de fédérer ce département sans identité, pourtant si discret et si attachant, autour d’icones mondialement connues, de péréniser l’auteur dans son terroir aussi. Cette célèbration des médias de masse et de la grande presse internationale y connait peu d’échos. Si l’éminent historien Jean Tulard de l’Institut consacre une monographie au trio, si les éditions Vents d’Ouest publie un florilège de la série, ses instances culturelles n’envisagent aucune commémoration, ni festival, ni conférence, ni exposition, ni prix, ni ouvrage resituant son auteur dans son territoire.


Qu’il est regrettable que la majorité des jeunes ornais ignorent la BD qui a enchanté tant de générations de galopins, de Sartre à Vian en passant par Godard, Huppert ou Tchernia. Ce département a-t-il une identité si forte qu’il faille omettre un tel artiste ?


Nul n’est prophète en son pays, c’est connu, tout comme une année compte trois cent soixante cinq jours. Peut-on espèrer que d’ici le 4 juin 2009 les responsables politiques régionaux rattrapent un tel silence ? Formulons le voeu que Louis Forton rejoigne le Panthéon des grands littérateurs ornais de sa génération, du savoureux Jean de la Varende au prix Nobel de littérature ornais, Roger Martin du Gard. Pour le moins, cette reconnaissance serait loin d’être une escroquerie de pieds nickelésnickelés ! Allez, les aminches, un peu d’imagination ?






Jean-François Miniac