[Le dessin à l'arrache]

Le DESSIN à l'ARRACHE (ou à la HACHE ou à la SFAR) par Sylvain (dit Lepithec)
Le titre de cet article peut apparaître un peu fou... Derrière celui-ci se cache l'idée de "renier" intelligemment les techniques de dessin traditionnelles et laborieuses de la bande dessinée. Ces alternatives sont iconoclastes mais très productives.
Sylvain, animateur de l'atelier Bidibull' installé près de Poitiers, nous décrit son approche renouvellée du dessin.






Sylvain, dit "Lepithec", son nom de BD dans le fanzine "Dérapage", est animateur de l'atelier Bidibull'. Diplômé des Beaux-Arts de Poitiers, il prépare actuellement une bande dessinée pour enfant avec Hachène, son fidèle scénariste.










Connaître et dépasser l'académisme.
Dans les écoles d'arts, l'enseignement de la première année est généralement très classique, avec des croquis d'après modèles vivants, natures mortes, etc. C'est contraignant et académique mais ce n'est pas un hasard. En effet, dans un deuxième temps, on demande aux étudiants d'avoir l'ambition de dépasser cet académisme, mais on ne le peut le faire que si on le maîtrise.
Il est est de même en bande dessinée. Il faut connaître et maîtriser les canons et règles classiques de construction d'une bande dessinée pour, éventuellement, les dépasser. Autrement dit, il n'y a pas de règles à appliquer mais des règles à connaître. Et il faut connaître ces règles pour, éventuellement, ne pas les appliquer.

Dans les écoles d'arts, l'enseignement de la première année est généralement très classique, avec des croquis d'après modèles vivants, natures mortes, etc. C'est contraignant et académique mais ce n'est pas un hasard. En effet, dans un deuxième temps, on demande aux étudiants d'avoir l'ambition de dépasser cet académisme, mais on ne le peut le faire que si on le maîtrise.
Il en est de même en bande dessinée. Il faut connaître et maîtriser les canons et règles classiques de construction d'une bande dessinée pour, éventuellement, les dépasser. Autrement dit, il n'y a pas de règles à appliquer mais des règles à connaître. Et il faut connaître ces règles pour ne pas les appliquer.

Trouver son style.


Quand on dessine, on est toujours sous influence. Le croquis libre d'apès nature est la meilleure méthode pour s'en détacher et acquérir un style personnel. Le moyen le plus efficace de progresser en croquis est de les réaliser au stylo bille (voir croquis de Sylvain, à gauche). Avec le crayon, il est trop facile de "tricher" en refaisant quinze fois le trait.
Si beaucoup de productions de bandes dessinées manquent de personnalité, c'est qu'elles sont une reprise d'un style de dessin d'auteurs connus. Miyazaki (célèbre réalisateur japonais de dessins animés) dit ainsi qu'"il faut plutôt ressortir ce que l'on voit que ce que l'on consomme". Les professeurs d'écoles d'art le répète également souvent: "Ne dessinez-pas d'après des modèles déjà stylisés mais d'après des modèles originaux". Naturellement, ceci est une suggestion et non une doctrine.

Le dessin "à la hache".
Ne trouvez-vous pas parfois que le rendu des vignettes crayonnées puis encrées est laborieux, et que celà se voit ?







Crayonné traditionnel de Sylvain, qui pratique aussi les techniques classiques. Parfois déçu par l'encrage ultérieur, Sylvain s'est lancé dans de dessin encré "du premier jet".




Alors essayez le dessin d'improvisation, ou presque. A l'instar de l'improvisation théâtrale, celà demande beaucoup d'entraînement. Il faut en particulier bien maîtriser ses personnages et, pour celà, avoir auparavant en avoir rempli des cahiers entiers dans toutes les postures et expressions.



Croquis "à la hache" d'Oscar le panda, personnage de Sylvain.

Il faut aussi savoir à l'avance ce que l'on va dessiner. En bande dessinée, la bonne méthode consiste à faire préalablement un brouillon grossier mettant en place la géométrie de la page et des cases et définissant les cadrages, angles de vue, etc de chaque vignette.
Sur le propre, on attaque directement avec la forme d'encrage avec lequel on est le plus à l'aise. Ce peut être un vulgaire stylo à bille ou tubulaire, ou un feutre basique. Il ne faut avoir aucun doute sur ce que l'on va dessiner, sur le volume de chaque chose dans la case. On dessine d'un jet, d'une manière franche, sinon le dessin risque d'être "faux". On dessine en fait dans l'esprit du crayonnage, en oubliant que ce qui est tracé est définitif. Il faut décomplexer, voire "dédramatiser" ce dessin à l'encre, évacuer l'idée que notre dessin définitif doit être "beau". Il faut également sentir le plaisir, la jouissance du trait jeté "pour la première fois".
Cependant, il n'est pas inutile de s'échauffer la main aupravant en "crobardant" une dizaine de minutes ou plus auparavant.




"Quand votre mini-crayonné est bien solide, bien composé, surtout ne l'encrez pas, ne le décalquez pas. Mettez le à côté de vous et recopiez-le sur une feuille blanche. Vous serez surpris par la qualité du résultat." Ainsi s'exprime Sfar, exemple à l'appui.

Hors de question de sortir le "Blanco" et autres gouaches blanches pour "gommer" les râtés. Le blanc peut servir à la rigueur pour enrichir l'image mais non pour enlever quelque chose dont on est mécontent pour le recommencer en suite.
Cette méthode nécessite une certaine maîtrise du dessin, afin de vraiment anticiper. En fait, avec l'habitude, l'oeil créé un certain quadrillage mental qui ne laisse pas tant d'espace au hasard.

Rendons à César ce qui appartient à César. Cette méthode a été promue par Sfar dans ses articles techniques de la revue Pavillon Rouge (aujourd'hui disparue), puis détaillée dans ses autobiographies publiées par L'Association (notamment dans Ukulélé, cahier de croquis au jour le jour). "A la poubelle les gommes et les crayons", professait-t-il en 2001, dans Pavillon Rouge.
"Quand on fait une esquisse au crayon et qu'on repasse ensuite à l'encre, c'est comme si on dessinait deux fois la même chose. La deuxième fois, fatalement, on s'ennuie, et ça se voit. Et, quand on aura gommé le crayonné, il ne restera plus qu'un dessin ennuyeux (...). Paradoxalement, les dessins exécutés sans crayonnés sont souvent plus précis et plus justes, parce que, lorsqu'on les fait, l'étonnement et l'intelligence sont sollicités tout le temps (...). Au bout d'un moment, vous vous rendrez compte que cette technique est plus facile, parce que l'on va directement à l'essentiel. On raconte de la façon la plus simple possible ce qu'on voulait dire. Il faut finir par dessiner les personnages avec autant d'aisance ou de naturel que si on écrivait des lettres. Tenez: essayez un peu d'écrire une phrase au crayon et ensuite d'encrer cette même phrase par dessus: c'est moche, hein ! Hé bin, pour le dessin, c'est la même chose."





Le dessin à l'arrache n'empêche pas une mise en couleur élaborée, comme le prouve cette illustration de Sylvain. Pour celle-ci, le dessinateur a réalisé le dessin au stylo sur une simple mise en place au crayon très léger, avant de faire la colorisation à l'ordinateur.